Avant-propos au sujet de cette deuxième partie.

Nous avons vu au chapitre 8 que la probabilité d'un effondrement due à la première partie du dilemme énoncé dans le chapitre 6 devenait élevée à très élevée aussitôt passé le pic global d'extraction de l'ensemble des énergie fossiles. Bien qu'il n'existe encore aucune preuve indiscutable, il se pourrait que ce pic soit  atteint au cours de la deuxième partie de ce siècle. Si toutefois le pic global de l'extraction des énergies fossiles devait survenir beaucoup plus tardivement, la cause première de l'effondrement se déplacerait vers celle énoncée dans la deuxième partie du dilemme. La probabilité à terme d'un effondrement n'en serait pas changée pour autant, seul le moment de son apparition et l'effet global sur l'ensemble de la biosphère et de l'espèce humaine ne seront  pas exactement  les mêmes.

Ainsi les travaux présentés dans cet essai suggèrent que l'effondrement est inévitable. Si cette affirmation se vérifie, elle signifie que les populations, les élites et les dirigeants  ont été incapables de le prévoir et de prendre suffisamment tôt les mesures qui s'imposaient pour l'éviter. En ce sens notre civilisation moderne n'aurait pas été plus perspicace que beaucoup d'autres l'ayant précédée et qui se sont finalement écroulées pour les mêmes raisons. (Lire "Effondrement" de Jared Diamond.)

Nous avons discuté au chapitre 1 et au chapitre 9 que si aucune mesure n'était prise à temps, l'effondrement annoncé conduirait à un chaos tragique touchant l'ensemble de l'humanité et même, à l'extrême limite , à la disparition de l'espèce humaine.

Les graves questions qui se posent maintenant sont les suivantes: est-ce que les populations, les élites et les dirigeants des différentes nations du monde auront cette fois la capacité de mesurer l'ampleur du désastre qui  guette l'ensemble de l'humanité et  prendre à temps les mesures nécessaires pour que l'effondrement ne mène pas à l'irréparable tragédie ? Seront-ils enfin suffisamment avisés pour agir bien avant d'avoir franchi le point de non-retour? Seront-ils capables d'utiliser la force de l'effondrement pour procéder à une métamorphose salutaire du mode de fonctionnement de l'humanité,  lui redonnant ainsi la place qui devrait être la sienne sur cette planète?

Le lecteur doit  comprendre que ces graves propos  ne relèvent pour le moment que de la  conclusion de la première partie de cet essai. Cette conclusion n'est toutefois que celle d'un travail personnel devant encore être confirmée ou infirmée.


Nécessité de vérifier les conclusions de la première partie de cet essai.

Même si certains peuvent être sceptiques quant aux conclusions de la première partie de ce travail, la seule probabilité non nulle d'un effondrement de notre civilisation dans un futur relativement proche est suffisamment sérieuse pour être étudiée avec le plus grand soin et le plus rapidement possible. L'idéal serait que des groupes de recherches de différentes institutions indépendantes soient en charge de cette vérification. Ils devront être formé de chercheurs qualifiés, compétents en la matière et travaillant à plein temps. Ils devraient pouvoir accomplir leur tâche sans aucune pression  des milieux politiques, économiques ou religieux. Ces recherches devraient être financées par des fonds publics anonymes. Tant que les chercheurs ne seront pas arrivés à une conclusion consensuelle, leurs travaux devront être tenus secrets  pour éviter toutes interférences de groupes d'influence, pour éviter des inquiétudes inutiles et une manipulation des populations. Deux ans de recherche pourraient être le temps maximum imparti pour établir si le danger d'un effondrement est réel et, si c'est le cas,  le situer approximativement dans le temps.

Seules les conclusions correctement étayées devront être retenues. Celles basées sur des actes de foi, positifs ou négatifs, comme par exemple la confiance non prouvée portée à certains projets des techno-sciences, ou à la croyance que changer la destinée de l'humanité imposée par Dieu est une impossibilité humaine, ou encore croire les promesses de gascon dont nous gratifient certains politiciens, économistes et scientifiques seront jugées sans rapport avec le sujet.

La  conclusion des différents groupes de recherches ayant pris sa forme définitive, les populations devront être mises au courant. Les résultats des travaux  devront être exprimés en termes simples, non ambigus, pouvant être compris quasiment de tous. Par exemple, les populations devront  savoir  que si nous persistons  dans notre façon de penser et d'agir, la probabilité d'occurrence des évènements énoncés ci-dessous, sera jugée  faible, moyenne ou élevée par l'ensemble des groupes de travail.

Les évènements considérés sont:

a) la possibilité d'un effondrement de l'ensemble de nos sociétés civilisées dans les prochains 150 ans.

b) les premiers signes d'effondrement se présenteront au cours de ce siècle.

c) un chaos  inévitable en cas d'effondrement non contrôlé.

d) un non-effondrement grâce à un génie humain capable en tout temps de procéder à des corrections de trajectoire, chaque fois que les gouvernements les jugeront nécessaires, sans qu'il soit nécessaire de remettre  en cause le bien fondé de notre civilisation


Deux résultats possibles

 1°) S'il est établi que les probabilités de a), b) et c) sont faibles et celle de d)  est élevée, alors nous pourrons considérer que "la maison ne brûle pas" et qu'aucune grande modification dans notre façon de penser et d'agir n'est nécessaire dans l'immédiat. Il faudra tout au plus changer de mode d'existence sans en altérer la qualité,  et faire de sorte que nos politiques, chargés de garantir un développement durable, imposent   une nette amélioration de l'efficiences énergétiques de nos sociétés complexes. Cette approche pourrait se faire sous la forme d'une démocratie écologique, comme le propose Dominique Bourg et Kerry Whiteside (voir ref. dans Bibliographie)

2°) Si les probabilités de a),  b) et c) sont moyennes à élevées et, par conséquent, celle de d)  faible, alors une stratégie pour atténuer les dégâts d'un effondrement relativement proche devrait être immédiatement entreprise par les différentes nations.

Si le travail des experts conclut au premier résultat, la thèse développée dans cet essai sera invalidée. L'auteur reconnaîtra avec humilité, mais aussi avec un grand soulagement, qu'il s'est trompé. Il se consolera en se disant que le débat qu'aura peut-être initié  son essai n'aura pas été inutile,  car il aura rassuré tous ceux qui, comme lui, ont le profond sentiment que notre civilisation est sur la mauvaise trajectoire.

Si le travail des experts conclut au deuxième résultat, alors la thèse développée ici, malheureusement pour nous tous, sera confirmée.


Cette deuxième partie fait l'hypothèse que les conclusions de la première partie de cet essai ont été confirmées par le travail des experts.

Dans ce cas, puisque l'effondrement ne peut pas être évité, il ne nous reste plus qu'à œuvrer pour qu'au moins il ne conduise pas au chaos. Nous pouvons même espérer un peu plus  et travailler pour que l'effondrement oblige l'Homme civilisé  à une métamorphose dans sa façon de penser et d'agir, jugée dans cet essai comme la cause première de la non pérennité des civilisations.

Ce sont là des missions ambitieuses et extrêmement difficiles. Chaque année de non-action qui passe rend la probabilité de réussite encore plus faible. Les mesures qui devront être prises ne pourront  être improvisées. Il ne sera plus possible de naviguer à vue. Au premier craquement de l'effondrement, un vent de panique risque de souffler sur les populations, rendant impossible toute mesure réfléchie pour s'en sortir. Pour éviter le pire, les populations, leurs élites et leurs dirigeants vont devoir anticiper les problèmes bien avant qu'ils n'apparaissent. Des choix douloureux devront être fait.

Ce travail d'anticipation devra être fait au moins 30 ou 40 ans avant les premières apparitions des évènements déclencheurs, c'est-à-dire maintenant. Jusqu' alors, un travail d'anticipation consistait essentiellement à extrapoler les tendances  existantes. Mais nous entrons en phase de déséquilibre et toute extrapolation devient  hasardeuse. D'autres méthodes d'anticipation doivent être utilisées. Vu l'importance de l'échéance, vaut mieux pêcher par excès de pessimisme que par excès d'optimisme.


A qui devrait revenir  la responsabilité d'éviter le chaos et mener à bien une métamorphose de l'humanité ?

Il y a très peu de chance que les gouvernements démocratiques actuels soient à la hauteur pour remplir seuls cette mission et cela pour différentes raisons:

a)    le système démocratique, tel qu'il est conçu actuellement, fait que les politiciens doivent satisfaire aux desiderata immédiats des populations mais ces dernières sont incapables d'évaluer les dangers à long terme d'une manière non passionnelle et réfléchie. De plus, les populations, même si elles en avaient la volonté, n'ont pas dans leur ensemble  le temps,  la formation,  les informations nécessaires,  la capacité d'interpréter correctement un risque éloigné et de le hiérarchiser par rapports aux autres risques. Ces lacunes rendent la valeur de l'expression démocratique trop aléatoire et trop dangereuse  sur des sujets importants concernant l'avenir.

b)    Les politiciens sont élus pour des termes relativement courts. La durée de leur mandat constitue le plus souvent l'horizon de leurs pensées et de leurs actions. Leur vision est donc bien trop courte pour apporter des solutions aux problèmes discutés ici.

c)    Afin d'être réélu, une des préoccupations majeures des politiciens, ces derniers évitent toute proposition impopulaire, ce qui est incompatible avec la mission citée plus haut.

d)    La formation des politiciens provient avant tout des facultés de droit, des sciences politiques ou économiques, de l'armée ou des grandes écoles d'administration. Avec un tel bagage et la façon de penser et d'agir propre à ces formations, ils  ne sont pas préparés intellectuellement pour mener à bien une métamorphose du système.

e)    Les décisions politiques sont fortement influencées par des pressions intérieures et extérieures,  cherchant soit à protéger des acquis ou à les augmenter, soit inspirées par des peurs ou  des croyances irraisonnées, soit par l'ego ou encore par bien d'autres raisons. Presque toujours les groupes d'influence  agissant sur les politiques  ont une connaissance insuffisante du problème global et des conséquences que leurs pressions pourraient avoir sur le moyen et long terme. D'ailleurs même en l'absence de toute pression, de toute manipulation, la complexité de nos sociétés modernes rend extrêmement difficile le choix de solutions adéquates. Raison de plus pour ne pas être traitées de manière démocratique quand les décideurs et les arbitres participants à la consultation n'ont pas l'instruction suffisante pour se prononcer en connaissance de cause. (voir l'appendice A5 Démocratie)

Le propos n'est pas ici de remettre en question le principe de la démocratie  ou inciter quiconque à renverser des gouvernements jugés incapables d'anticiper l'avenir. Ce serait une faute grave. Aucune métamorphose ne pourra se faire dans un climat social agité et encore moins dans des révoltes. Alors que faire ?


 Création de "Comités" ad hoc pour piloter "l'atterrissage" de l'effondrement

 Peut-être que le plus simple serait que les gouvernements soient épaulés dans leurs décisions par une sorte d'institution non-gouvernementale, formée de "Comités", chargés d'étudier et organiser la métamorphose. Certains de ces "Comités" s'occuperaient principalement de problèmes spécifiques à la nation qui les abrite, d'autres s'occuperaient de problèmes internationaux, d'autres encore serviraient de coordinateurs pour une vision globale des problèmes.

Ces "Comités" composés de professionnels à plein temps, totalement indépendants des pouvoirs politiques, économiques et religieux auraient toutefois autorité pour exercer sur eux une forte pression afin d'interdire certaines orientations, voire  les contraindre à en imposer d'autres. Toutes ces pressions devraient être dûment justifiées comme étant nécessaires à l'accomplissement de leur mission.

La composition des "Comités" devra se faire sur simple appel d'offre  et non par la nomination de personnalités choisies par les gouvernements ou par des institutions académiques, économiques ou religieuses. La sélection se fera selon les capacités intellectuelles des candidats, mais indépendamment de leurs diplômes ou de leur position dans la société. Ils devront surtout montrer une capacité à s'éloigner des paradigmes et des idées préconçues, être dotés d'un solide bon sens, savoir travailler en équipe sans esprit de compétition et être  capables de pratiquer l'art de la communication comme décrit dans l'appendice A3. Ils devront être reconnus comme étant courageux, incorruptibles, dotés d'une probité et d'une honnêteté intellectuelle bien au-dessus de la normale. Les membres de ces "Comités" seront choisis sans aucune discrimination d'état civil, de nationalité, d'ethnie ou de confession. Ils seront payés juste en dessous de la normale. Les chercheurs seront inconnus du grand public car ne seront pas autorisés à s'exprimer directement et personnellement dans les médias, ni écrire de livre à titre personnel. Seul un sous-groupe des "Comités", non nécessairement chercheur, aura la responsabilité de servir d'interface entre les "Comités" et les gouvernements, les élites et les populations. La qualité principale des membres de ces sous groupes  sera une compréhension rapide des points essentiels émis par les "Comités", beaucoup de psychologie et de didactisme soutenu par une excellente manière de s'exprimer. Tous les membres des "Comités" seront non éligibles à des récompenses honorifiques ou monétaires. La hiérarchie au sein de ces "Comités" sera telle qu'aucun membre n'aura la possibilité de s'imposer autrement que par  la valeur de ses idées et le respect de celles des autres. Le financement des "Comités" se fera uniquement grâce à  un prélèvement obligatoire sur les  impôts. Aucune autre source de financement ne devra être acceptée. Toutes ces mesures doivent favoriser la confiance que les gouvernements, les élites et la population pourront porter au travail de ces "Comités". Ils seront la référence en matière de conseils et d'enseignements relatifs aux problèmes de l'effondrement et de la métamorphose.

Les "Comités" agiront un peu comme des centrales stratégiques mais ne pourront pas, à eux  seuls remplir leur mission sans la collaboration active des populations, des élites et des gouvernements. Rappelons que la mission principale de ces "Comités" est de retarder la date de l'effondrement et d'éviter qu'il ne conduise au chaos. Le chapitre 16 illustrera quelques un des problèmes auxquels ils seront très probablement confrontés.

Malgré leur nécessité absolue, les " Comités" ne seront pas capables de piloter la métamorphose de la façon de penser et d'agir jusqu'à  son aboutissement. La raison en est que pareil changement ne peut être imposé par un organisme paternaliste. La métamorphose  doit venir des populations elles-mêmes.

La deuxième partie de cet essai cherche à démontrer que des voies sont possibles pour réussir une métamorphose non-paternaliste de l'humanité. La probabilité de réussite, tout comme la mise sur pied des "Comités", dépend en dernier ressort de chacun de nous, de notre volonté de protéger les générations futures, leur éviter l'horreur d'un chaos et leur donner une chance de créer une humanité plus harmonieuse. 

                                                                             Retour à "Extraits du livre"

Poker tutorials on 888poker or play poker on partypoker
Copyright 2011 www.ceremovi.org - Avant-propos au sujet de cette deuxième partie.. www.ceremovi.org
Joomla Templates by Wordpress themes free