Introduction

Cet essai est divisé en deux parties:

La première, plutôt déprimante, montre que la probabilité d'un effondrement de notre civilisation augmente fortement à partir de la deuxième moitié de ce siècle.

La seconde, porteuse d'espoir, suggère la possibilité d'utiliser cette menace pour préparer une  métamorphose de nos modes d'existence, afin d'éviter le pire pour les générations futures.

 

L'effondrement des civilisations

Comme toutes choses dans l'univers, rien n'est éternel, encore moins les civilisations, fussent-elles aussi brillante que la notre.

L'effondrement d'une civilisation a lieu quand les structures qui lui étaient spécifiques et qui lui ont permis de fonctionner jusqu’alors, se délitent suffisamment rapidement pour qu’aucune stratégie ne lui donne la possibilité de  lutter contre le processus de dégradation.

Plusieurs historiens et anthropologues se sont intéressés à comprendre les mécanismes de la fin de civilisations anciennes. Parmi eux citons  Arnold J. Toynbee (1889 -1975) qui disait  que "les civilisations meurent par suicide, non par meurtre."

Deux publications récentes*, une de Joseph A.  Tainter « The collapse of complex societies »  publié en 1988 et une autre de Jared Diamond « Effondrement » publié en 2005, mettent en évidence un certain nombre de processus qui ont contribué à l’effondrement des civilisations.

Jared Diamond cite parmi les causes d’effondrement, l’incapacité des populations, des élites  et des dirigeants  à prendre conscience de ce  risque suffisamment tôt,  les empêchant ainsi à prendre les décisions qui auraient pu éviter le drame. Qu'en est-il de notre civilisation ?

Mais d'abord que faut-il comprendre par "notre civilisation" ? Faut-il voir dans l’ensemble de nos sociétés mondialisées, interdépendantes tant économiquement, culturellement que technologiquement, une seule civilisation ou faut-il en voir plusieurs ? N’ayant pas la compétence pour trancher cette question, jugée par ailleurs sans importance pour la théorie développée dans cet essai, il sera fait mention parfois de civilisation,  mais le plus souvent de sociétés complexes ou encore de sociétés complexes mondialisées. La définition de sociétés complexes est donnée dans l’encadré du chapitre 4 ou dans le lexique (1).

 

 
 
*     Vivement recommandées aux lecteurs qui s’intéressent à ce problème. Voir Bibliographie.

(1) Souvent les mots ont, dans le langage courant, plusieurs significations tel par exemple le verbe aimer ou le mot vie. Parce que cet essai se veut être fait de raisonnements logiques, il ne peut y avoir ambiguïté sur la signification des mots employés. Ainsi, chaque fois que sera employé un terme à plusieurs significations, ou un terme technique peu courant, il sera écrit en italique. Sa signification courante, ou celle que lui donne l’auteur figurera dans le lexique en fin de livre. Parfois le terme employé nécessite un développement technique ou philosophique plus ou moins long. Dans ce cas le lexique renverra le lecteur à un appendice séparé du lexique. Appendices et lexique se trouvent dans les annexes à la fin du livre. Les développements mathématiques relatifs aux chapitres 4 et 8 sont donnés dans le site "ceremovi.org"
 

 

Deux issues sont envisageables après un effondrement.

Le terme " effondrement " d’une société, ou d’une civilisation, peut prendre différentes connotations suivant le regard que nous portons sur un tel événement. Par exemple nous pourrions dire que les civilisations asiatiques qui ont régné jusqu'à environ  la moitié du XIX  siècle se sont effondrées et qu’elles ont procédé, peut-être plus par nécessité que par choix délibéré, à une transition  vers le mode de fonctionnement des sociétés occidentales. La période de transition, qui s’est faite sur plusieurs générations, a été difficile pour beaucoup d’asiatiques, mais d’autres en ont profité. Ce genre d’effondrement, suivi d’une transition obligée vers un autre mode de fonctionnement sociétal, est certainement tragique, mais finalement pas plus qu’une guerre, ou une révolution, ou encore une adaptation forcée à un changement environnemental physique, social ou politique.

Il existe toutefois une autre issue à l’effondrement, bien plus grave, bien plus effroyable. C’est celle qui n’est suivie d’aucune transition vers un autre type de société structurée. Elle fait suite à un effondrement brutal, où les structures de toute la société ont été si endommagées qu’elles conduisent à l’anarchie du sauve-qui-peut, au chaos. Un tel type d’effondrement  se traduit en général  par une décroissance rapide de la population en raison d’une forte mortalité provoquée par un ensemble de fléaux : famine, maladies virales et bactériennes, déchirements internes sauvages, sanglants, brutaux. S’ajoute à cela, la destruction partielle ou totale de l’habitat, des structures agricoles, artisanales, industrielles, scientifiques, artistiques, sociales, politiques. Rien de plus horrible ne peut survenir à une société humaine. L’exemple le plus cité de ce type d’effondrement est celui de la société pasqualienne ou des  Maya de l’époque classique. D’autres exemples d’effondrement sont décrits dans les ouvrages de J.A. Tainter et Jared Diamond.

 

L'effondrement est-il inévitable?

L'auteur suspecte que l'effondrement de toutes les civilisations a pour cause commune la façon de penser et d'agir de l'Homme civilisé. En voulant dominer la Nature pour se soustraire à ses exigences, l'Homme civilisé, aussi ingénieux soit-il, est toujours rattrapé par les incontournables lois de celle qu'il prétend vouloir dominer. Ce sont elles qui au final vont faire effondrer la mégalomanie des civilisations. Il est ainsi peu probable que, dans le cas de notre civilisation, l'immense apport de la connaissance collective, de l'avancée spectaculaire des techno-sciences et des théories économiques soient d'un secours quelconque tant que le mode de pensée restera le même. Le remède ne peut se trouver dans la cause du mal.

Quasiment tous les processus d’effondrement décrits par les deux auteurs précités sont potentiellement présents dans nos sociétés complexes, quand ils ne sont pas déjà manifestes. Tous se résument par une offre en eau potable, en nourriture et en énergie incapable de satisfaire la demande croissante de la société, situation souvent associée à une dégradation importante de l'environnement et des structures socio-économiques.

Toutefois, notre civilisation se distingue des autres par un phénomène jamais rencontré auparavant : la très forte croissance du flux d’énergie exogène dont ont bénéficié pendant près de 150 ans nos sociétés, grâce à l’exploitation intensive des énergies fossiles. La continuelle croissance de ces flux d’énergie a été la cause principale de toutes les autres croissances, celles  des avantages comme celles des nuisances pour l’espèce humaine.

La question qui se posait à l’auteur  était de savoir si  la croissance ou la  décroissance  de ces flux d’énergie pourrait devenir  la cause physique prédominante de l’effondrement de nos sociétés. Il s’est intéressé à en évaluer le risque  et le situer dans le temps. Toutefois, quand il s’agit de prédire un événement impliquant des humains, aucun déterminisme absolu n’est possible. L’Homme est trop imprévisible. Nous devons alors nous contenter d’apprécier le risque qualitativement par des termes subjectifs tels que: élevé, moyen ou faible.

La théorie des flux d'énergie dans les sociétés complexes donne les conditions requises pour qu'une société soit durable. Il sera montré que la notre ne les satisfait plus. Cette théorie, en conjonction avec l'estimation des dégâts que les flux d'énergie exogène occasionnent à l'environnement, conduit à l'énoncée du  dilemme technique suivant: " Si les flux d'énergie qui alimentent nos sociétés complexes devaient diminuer notablement, nos sociétés s'auto-détruiraient car un système complexe est irréversible. Si au contraire ces flux d'énergie restaient les mêmes, ou pire augmentaient, les sociétés s'auto-détruiraient aussi, mais cette fois par l'empoisonnement de l'environnement." Dans la façon de penser et d'agir qui  façonne nos sociétés complexes, ce dilemme ne  trouve pas de solution.  L'effondrement devient alors inévitable, quoi que nous fassions dans le futur.

 

L'effondrement est-il proche?

La théorie suggère que le risque d'effondrement augmentera lorsque le taux d'extraction de l'ensemble des énergies fossiles aura passé son maximum et commencera à décroître irrémédiablement. Il se pourrait que ce pic soit atteint dans la deuxième partie de ce siècle. L'auteur montre que l'effort industriel pour combler d'une manière synchrone cette perte de flux d'énergie a extrêmement peu de chance d'être réalisée au niveau mondial et que, en conséquence,  l'écart entre l'offre et la demande énergétique ne fera que se creuser. C'est donc à partir  de la deuxième moitié de ce siècle que le risque d'effondrement devient de plus en plus important. Si rien n'est entrepris au plus tôt, non seulement les risques d'effondrement menant au chaos sont très élevés, mais à la limite, c'est le futur de toute l'espèce humaine qui est menacé. Si néanmoins le génie humain était capable de compenser de manière synchrone les pertes d'énergies fossiles, c'est la deuxième partie du dilemme qui prendrait le pas, car c'est le total et l'accumulation de l'ensemble des activités humaines soutenues par l'énergie exogène, indépendamment de sa source, qui endommage notre biosphère.

Nous devons agir au plus vite pour éviter une pareille tragédie et préparer la métamorphose de nos sociétés complexes, non pas pour éviter un effondrement inéluctable, mais pour en adoucir les conséquences.

 

La métamorphose

Comme discuté plus haut, deux types d’effondrement sont à considérer : un qui mène directement au chaos,  et un autre qui mène à une nouvelle civilisation. Jusqu’ici, la plus part des grands changements sociétaux d’une civilisation sur le déclin ont  été imposés par la civilisation la plus puissante ou du moins la plus influente du moment. De nos jours, la civilisation occidentale et son mode de fonctionnement s’est imposée quasiment partout sur cette Terre. Elle n’est menacée par aucune autre. Mais, au cas où ce serait justement son mode de fonctionnement  qui serait la cause première de l'effondrement, aucun espoir de transition ne pourra venir d’un envahisseur éclairé. En conséquence, si la civilisation occidentale devait s’effondrer, elle conduirait très probablement à un  chaos mondialisé.

La seule possibilité qui reste en notre pouvoir est d’empêcher cette tragédie. Comme aucune autre civilisation n’est en vue pour nous offrir, ou nous imposer, de nouvelles structures, la civilisation actuelle pourrait utiliser sa destruction pour faire de sorte qu’il en renaisse une autre forme de civilisation, plus durable, plus belle, plus en accord avec les lois de la Nature. Cela requiert une complète métamorphose de notre façon de penser et d’agir. Pour que cette nouvelle civilisation soit durable et harmonieuse, elle devra retrouver le côté sacré de la Nature et ne plus chercher à la dominer.

Cette métamorphose ne se fera pas toute seule et devrait commencer bien avant les premiers craquements de l’effondrement. L’auteur suggère une voie qu’il soumet au débat. La stratégie proposée ici  repose sur deux piliers. Le premier à un caractère transitoire. Il est basé sur des "Comités" ad hoc nationaux et internationaux chargés de contrôler de manière paternaliste "l'atterrissage" en douceur de l'effondrement. Les "Comités" devront retarder le plus possible l'effondrement dû à la première partie du dilemme technique cité plus haut, tout en organisant  le passage d’une société complexe vers une autre plus simple, qui est l'une des conditions de durabilité démontrée dans la première partie de cet essai. La difficulté principale des "Comités" sera d'éviter un effondrement économique précoce qui irait juste à l’encontre du but recherché. Le deuxième pilier de cette stratégie vise le long terme qui consiste en un changement radical dans la manière de penser et d'agir de l'Homme civilisé. Ce changement  ne peut pas être imposé par un organisme paternaliste. Il doit venir des populations elles-mêmes. A ce propos, l'auteur  postule que si nous sommes capables de changer de manière adéquate l’environnement social, économique et psychologique d’un petit groupe d’individus, alors sa façon de penser et d’agir  changerait radicalement par rapport à celle qui la guidait initialement. Mais qui, mieux que quiconque, pourrait changer son environnement immédiat de manière à la fois pérenne et satisfaisante pour tous ? Et bien les individus eux-mêmes, à condition qu’un certain nombre de conditions discuté dans la deuxième partie de cet essai  soit rempli. La métamorphose ne pourra se faire en  moins deux ou trois générations. Trois générations est juste le temps qui nous est imparti pour faire renaître une nouvelle civilisation sur les cendres de l’ancienne. C'est très peu et nous ne pouvons plus procrastiner. Mission impossible ? Pas  sûr ! C'est ce que prétend du moins cet essai sans prétendre pour autant que la stratégie proposée ici soit la seule valable. Elle n’est d’ailleurs qu’au stade d’une idée et demande encore beaucoup de travail, de recherche et d’expériences sur le terrainSes chances de succès dépendent de nombreux facteurs discutés au cours de la deuxième partie de cet essai. Ces facteurs sont toutefois tous dépendant du vouloir humain, donc virtuellement possibles.

Quel que soit le concept adopté pour éviter le chaos aux générations à venir, ses défenseurs devront affronter d’importantes résistances, car toutes les solutions  auront obligatoirement l’incongruité de remettre en question les paradigmes, les croyances et les dogmes les plus profondément ancrés au cœur de nos sociétés. L’auteur espère qu’il y aura suffisamment d’esprits jeunes, courageux et libres pour s’intéresser à cette mission. Ces esprits devraient trouver là l’occasion unique de faire la plus belle, la plus difficile et la plus incroyable évolution pacifique de toute l’histoire de l’humanité. Jamais il ne leur aura été donné un but aussi noble et aussi enthousiasmant.

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