Les trois messages

 

Les trois messages essentiels du livre: "Effondrement puis métamorphose"

(Ecrit au mois d'Août  2012 à la suite de discussions avec les premiers lecteurs de cet essai)

De nos jours, un nouveau livre traitant des graves menaces qui pèsent sur notre civilisation n'est plus  vraiment original. En effet, plusieurs auteurs connus et reconnus l'ont déjà fait avant celui-là. Cependant, tous ont assorti leur prédiction de " à moins qu'on ne fasse ceci ou cela". Parmi ces "ceci ou cela" on trouve des solutions comme: sortir de l'économie (Serge Latouche http://fr.wikipedia.org/wiki/Serge_Latouche ) ou changer son paradigme (Joseph E Stiglitz http://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Eugene_Stiglitz ), programmer une décroissance (Nicholas Georgescu-Roegen http://fr.wikipedia.org/wiki/Nicholas_Georgescu-Roegen , Serge Latouche http://www.monde-diplomatique.fr/2003/11/LATOUCHE/10651 ), adopter la simplicité volontaire (Yvan Illich, http://fr.wikipedia.org/wiki/Ivan_Illich  Jacques Ellul, http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Ellul ) entreprendre la troisième révolution industrielle (Jeremy Rifkin, http://fr.wikipedia.org/wiki/Jeremy_Rifkin  ), donner à  un gouvernement mondial le soin d'éviter l'effondrement (Jacques Attali http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Attali ), créer un pacte écologique mondial (Lester Brown http://fr.wikipedia.org/wiki/Lester_R._Brown ), inventer un nouvel urbanisme (Jacques Fresco http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacque_Fresco ), promouvoir le concept de transition (Rob Hopkins http://fr.wikipedia.org/wiki/Rob_Hopkins ), diminuer les gaz à effet de serre (GIEC/IPCC http://www.ipcc.ch/home_languages_main_french.shtml#.UGHkOa53l0g ), sauver les océans (RIO+20, UNESCO www.unesco.org/new/fr/rio-20/saving-our-ocean/ ), passer du matérialisme au spirituel (Jean Hudon),  faire les petits gestes quotidiens pour sauver la planète (Thierry Thouvenot et Gaëlle Bouttier-Guérive, WWF) et bien d'autres encore politiques . Toutes ces initiatives sont symptomatiques d'une prise de conscience des menaces qui pèsent sur notre civilisation. Toutefois, aucun de ces auteurs n'envisage que "sa solution" ne puisse se réaliser ou soit insuffisante et dès lors  n'envisage aucun plan B en cas d'échec. Ainsi, puisqu' il y aurait autant de causes de désastre qu'il y a de solutions pour l'éviter, il suffirait logiquement qu'une seule d'entre elles soit un échec pour qu'il ait lieu.

Premier message du livre: L'effondrement est devenu inévitable

Cet essai se  distingue des autres théories en déclarant et en démontrant qu'il existe au moins un domaine pour lequel, quoi qu'on fasse, il n'est plus possible d'éviter l'effondrement de l'ensemble de notre civilisation dans le  moyen terme.

Ce domaine concerne les flux d'énergie nécessaires à maintenir la complexité de nos sociétés civilisées. La démonstration de cette prévision repose sur la théorie des flux d'énergie au sein de systèmes complexes.

Un système complexe est défini, ici, comme étant une entité "en osmose" avec son environnement intérieur et extérieur, composé d’un grand nombre d’éléments, de types, de hiérarchies et de fonctions différentes, tous liés entre eux par des liaisons plus ou moins fortes et directes, elles-mêmes régulées par de multiples actions et rétroactions. Ses éléments peuvent aussi se  présenter comme des sous-ensembles  de complexités  différentes  mettant en jeu des masses et des énergies plus faibles. L’ensemble des sociétés humaines civilisées, actuellement sur notre Terre, répond bien à cette définition, tout comme  d’autres systèmes tels la biosphère, un biotope, ou tout organisme biologique.

Cette théorie dit: Pour qu'un système complexe puisse se maintenir à son niveau de complexité, sans même chercher à croître, il lui faut un flux d'énergie pour le faire fonctionner et un autre pour réparer les dégâts que le temps inflige à tout système physique. La somme de ces deux flux est d'autant plus élevée que le niveau de complexité est grand.

Dans un système fermé, comme notre Terre, un système complexe prend obligatoirement naissance sur un autre système complexe. Par exemple, la complexité des sociétés humaines  n'a pu prendre naissance que sur l'immense complexité de la biosphère. La naissance et la croissance d'un nouveau système complexe se fait aux dépens du système sur lequel il est né. Les contre-réactions de ce dernier  vont tendre à ce que le nouveau venu ne puisse pas s'étendre indéfiniment à ses dépens.

La croissance de la complexité de l'ensemble des sociétés humaines mondialisées n'a pu se faire qu'en puisant dans les ressources énergétiques et matérielles de la biosphère qui sont toutes deux en quantité finie. Ce sera là un des facteurs limitant  l'expansion de notre civilisation. Deuxièmement, toutes activités soutenues par des ressources biosphériques  perturbent cette dernière. Dit autrement, c'est le total des activités humaines qui perturbent l'équilibre biosphérique. 

Ainsi, il faut s'attendre à ce que la complexité constamment croissante d'une civilisation conduise tôt ou tard  à l'impasse suivante:

Si le flux total d’énergie alimentant les sociétés complexes mondialisées devait décroître sensiblement et durablement, ces sociétés finiraient par s’autodétruire, car tout système complexe est irréversible. 

Si, au contraire, les flux d’énergie, quelles que soient leurs provenances,  devaient rester les mêmes ou continuer à croître constamment, les sociétés  s’autodétruiraient aussi, mais cette fois par l’altération de la biosphère sans laquelle l'Homme ne peut exister.

En effet, la somme des activités humaines au cours du temps modifie graduellement l'équilibre de la biosphère. A toutes actions correspondent une ou plusieurs réactions.  Quand le taux des actions humaines se tient en dessous d'un certain seuil, les réactions de la biosphère sont quasi imperceptibles. Au-dessus de ce seuil, que nous avons déjà dépassé dans plusieurs domaines, l'équilibre biosphérique se modifie proportionnellement au taux des activités humaines. Il se trouve que la Nature, qui n'existe que dans un état d'équilibre évolutif instable,   réagit à toutes causes de déséquilibre par une ou plusieurs contre réactions, lui permettant d'éviter l'emballement, mais qui la conduit  vers un nouvel état d'équilibre (lui-même instable). Puisque le total des activités humaines modifient l'équilibre de notre biosphère, il faut s'attendre à des contre réactions agissant   directement sur le flux des activités humaines. Elles pourraient par exemple le faire en réduisant très fortement la population humaine en l'espace de une ou deux générations, détruisant du même coup notre civilisation. 

En ce qui concerne la première partie de l'impasse, le chapitre 8  du livre " Effondrement puis métamorphose" tend à démontrer que notre civilisation a atteint une complexité si élevée qu'elle est devenue très proche de l'insoutenable au point de vue de ses besoins énergétiques. Il serait illusoire de croire que nous pourrions encore  "détricoter" cette complexité pour l'ajuster à un niveau énergétique durable pour deux raisons : 1°)  la complexité est en principe irréversible et ne se "détricote" pas.  2°) même si certains pensent que ce soit possible, nous n'avons à ce jour aucun outil pour le faire.

Ainsi, en nous imposant un système de société basé sur la domination de la Nature, de la croissance illimitée de biens et de services, elle-même basée sur l’hypothèse absurde que nous ne serions jamais à court d’énergie et de matières premières, notre civilisation s'est auto piégée. Quoi qu’on fasse maintenant au niveau énergétique nos sociétés complexes ont de hauts risques d'effondrement. Le développement durable sera limité dans le temps !

A quel moment l'humanité pourrait être confrontée à la première partie de l'impasse énoncée plus haut ? Probablement à partir de la seconde moitié de ce siècle. En effet, plusieurs experts compétents (Richard Heinberg, Adolphe Nicolas) estiment que le pic mondial d'extraction     d'énergies fossiles (pétrole, gaz et charbon) devrait se situer vers le milieu de ce siècle. Ces sources d'énergies, qui sont les grandes responsables de la croissance de notre civilisation au cours des 150 dernières années, représentent encore 80 % de toutes nos sources d'énergies utiles. Les  autres sources d'énergies, dites alternatives, nous viennent essentiellement de l'hydroélectriques, du nucléaire, du vent, du soleil et de la géothermie. L'auteur a calculé qu'une fois passé le pic des énergies fossiles et afin de maintenir le flux d'énergie nécessaire au bon fonctionnement de notre civilisation, l'industrie devra créer chaque année à travers le monde, un accroissement  de la production  des flux d'énergie alternative utile d'au minimum de  2800 TWh/an. A  titre de comparaison, la plus grande centrale hydroélectrique du monde, celle des  Trois Gorges en Chine, délivre un flux d'énergie d'environ 90 TWh/an et il aura fallu 16 ans pour la construire. Un réacteur nucléaire de troisième génération délivre environ 7 à 10 TWh/an et il lui faut au moins une décennie pour le faire fonctionner.  Le grand projet de centrale solaire à concentration DESERTEC délivrera dans le futur 700 TWh/an, mais après 50 ans de travaux. Ces chiffres indiquent que pour assurer une croissance annuel de flux d'énergie alternative utile (ou finale) de 2800 TWh/an, un nombre plus qu'impressionnant de nouvelles centrales énergétiques devront être construites annuellement. En plus de ces dernières  il faudra encore construire un très grand nombre d'autres centrales énergétiques  juste pour construire celles destinées à la consommation au quotidien de l'humanité en matière d'énergie. Ainsi, même surévaluer d'un facteur 2 ou 3, ces 2800 TWh/an d'énergie utile restent très probablement bien au-dessus des capacités industrielles mondiales. Si toutefois les techno sciences étaient capables de relever le défi, ce serait la deuxième partie de l'împasse décrit plus haut qui deviendrait la plus grande menace d'effondrement.

Ainsi, nous devons nous attendre, une fois passé le pic globale d'extraction des énergies fossiles, à ce que le flux d'énergie mondial devienne insuffisant pour maintenir le taux de complexité de l'ensemble de nos sociétés complexes intriquées les unes dans les autres. Dès que ce flux passera en dessous d'une certaine valeur, nous devrions nous attendre à un délitement progressif des structures vitales de notre civilisation. Quelles sont ces structures ? Et bien celles très complexes et interdépendantes permettant  le bon fonctionnement de l'industrie, du commerce,  de la production de biens et de services, de l'agriculture, des télécommunications, d'Internet, de la distribution de l'énergie, des transports toutes catégories, de l'éducation (élémentaire, supérieure et universitaire), des services de soin et de prévention des maladies et accidents, des systèmes sociaux (assurances, retraites, primes aux chômeurs, aides familiales, etc.)  S'ajoute à cela les structures politiques, ceux des systèmes de défense et de protection civile, de prévention des épidémies et des pandémies, des grandes institutions internationales comme l'ONU, le CICR, etc., etc. Le bon fonctionnement de toutes ces structures requiert en effet un flux d'énergie minimum d'autant plus élevé que ces structures sont complexes.

Outre le besoin d'un flux d'énergie  minimal pour faire fonctionner les structures sur lesquelles repose la civilisation, il est nécessaire que le flux d'énergie endogène (venant de nos muscles et de notre cerveau) soit aussi suffisant. Cela signifie que tout le monde soit à son poste de travail et que tout le monde obéisse aux règles que la société lui impose comme: respecter les institutions, les règles sociales, payer ses impôts, ses factures, sa place dans le tram, etc… Cela implique l'existence d'une société stable, confiante en ses institutions, ses élites et ses dirigeants. Parce que ces derniers se sont aliénés à un système économique et financier mondial absurde et non viable, cette confiance, si importante pour la stabilité de l'ensemble du système, risque bien de se fissurer en premier, si même cela n'a pas déjà commencé. Le délitement de chaque structure accélérera le délitement des autres qui lui sont les plus directement liées.

Il est à craindre que la qualité de vie de chacun se déteriora encore plus rapidement que les structures sociétales proprement dites. Les populations qui en subiront les conséquences connaîtront  un très fort accroissement du chômage et de la pauvreté, conduisant à des famines d'abord locales, puis quasi généralisées, entraînant des grandes migrations, des violences, du terrorisme, etc… Les populations touchées par ces fléaux n'en comprendront certainement pas les raisons profondes. Comme toujours elles chercheront des boucs émissaires et comme d'habitude elles se tromperont de cible. Les désordres sociaux s'amplifieront, aggravant encore plus le délitement du à la seule perte des flux d'énergie. Des meneurs, des chefs de guerre et des terroristes de tous bords achèveront ce qui avait été autrefois une brillante civilisation. L'anarchie et le chaos finiront par tout détruire, même les plus belles choses de notre civilisation.

Cette période de chaos mondialisé, qui risque de s'étendre sur une ou plusieurs générations, s'arrêtera vraisemblablement d'elle-même quand la densité humaine sur Terre sera redescendue en dessous d'un certain niveau et que les survivants auront appris  à se débrouiller avec leurs valeurs intrinsèques et avec ce que l'environnement naturel pourra encore leur offrir.

La manière précise dont cela se passera dans le temps et dans l'espace n'est que pures spéculations, tout comme prétendre que l'existence des survivants aux chaos sera mieux ou moins bien que ce que nous vivons actuellement (pour autant que nous puissions mettre tout le monde à la même enseigne). Un tel chaos sera sans aucun doute l'événement le plus dramatique et le plus tragique que l'humanité aura jamais connue au travers les âges. C'est aux cinéastes, écrivains de sciences fiction, et scénaristes de bandes dessinées d'imaginer à quoi pourrait ressembler un chaos social mondialisé post effondrement.

Bien sûr, nous pouvons et devons émettre des doutes sur la pertinence de cette terrible prévision. Mais devant la gravité et la proximité de ce risque potentiel, nous ne pouvons et ne devons plus nous perdre dans des polémiques stériles.

Nous l'avons dit au tout début de ce texte, les théories sur l'effondrement de notre civilisation ne manquent pas et celle présentée ici ne fait qu'ajouter un peu plus de confusion sur ce sujet pourtant crucial, car aucune de ces théories ne fait l'objet d'un consensus tant au niveau des responsables que des populations.

Deuxième message : Il est urgent que des études internationales indépendantes évaluent le risque d'effondrement et les possibilités de l'éviter.

Les raisons et les motivations qui poussent des individus à adhérer à une théorie plutôt qu'une autre sont aussi nombreuses que variées.  Ce choix est toutefois rarement basé sur une grande honnêteté intellectuelle fondée sur des connaissances approfondies. Il s'agit la plus part du temps de croyances basées sur la sensibilité, les craintes et les espoirs de chacun et sur le mimétisme intellectuel, lui-même issue de la propagande. Les opportunistes, qui en ont les moyens, trouvent là un terrain idéal pour manipuler les esprits dans le sens de leurs intérêts. Les grands perdants sont bien sûr les générations futures.

Si nous voulons éviter un désastre probable ou simplement orienter correctement nos actions futures, il est absolument nécessaire que le monde se dote d'un certain nombre d'institutions compétentes, appelée ici "Comités", chargées de s'occuper du futur de la civilisation. Ces "Comités" devront être formés de chercheurs qualifiés, compétents en la matière et travaillant à plein temps. Ils devront pouvoir accomplir leurs tâches sans aucune pression  des milieux politiques, scientifiques, économiques, militaires ou religieux. Ces recherches seront financées par des fonds publics anonymes ou directement par les impôts. La sélection se fera selon les capacités des candidats, mais indépendamment de leurs diplômes ou de leur position dans la société. Ils devront surtout montrer une capacité à s'éloigner des paradigmes et des idées préconçues, être dotés d'un solide bon sens, savoir travailler en équipe sans esprit de compétition. Ils devront être reconnus comme étant courageux, incorruptibles, dotés d'une probité et d'une honnêteté intellectuelle bien au-dessus de la normale et d'un faible ego. Toutes ces mesures doivent favoriser la confiance que les gouvernements, les élites et les populations pourront porter au travail de ces "Comités". Ils seront la référence en matière de conseils et d'enseignements relatifs au futur de notre civilisation.

Parce qu'il y aura au moins autant de "Comités" que de pays participants, ils n'arriveront pas nécessairement tous à la même conclusion. Toutefois quelques grandes tendances devraient s'en dégager. Leurs travaux devraient être capables de séparer le bon grain de l'ivraie dans l'immense champ d'information et de contre information concernant le devenir de notre civilisation. L'important est que tout le monde puisse avoir entière confiance dans les conclusions et recommandations de ces "Comités". Leur création, leur fonctionnement et leur écoute sont certainement les premières difficultés à surmonter avant d'aller plus loin. Rien ne se fera tant que l'élite mondiale et les populations ne poussent leurs dirigeants à aller dans cette direction.

Troisième message: Si l'effondrement est inévitable, alors faisons tout pour éviter le chaos.

Ce troisième message est purement spéculatif.

Il fait d'abord l'hypothèse que les "Comités" décrits plus haut ont pu être nommés et faire leur travail correctement.

Il assume ensuite que les "Comités" des différentes nations ont conclu que 

1°) La probabilité d'un effondrement de notre civilisation à moyen ou court terme est élevée et inévitable et 

2°) Si rien n'est entrepris au plus tôt, cet effondrement entraînerait un chaos généralisé, qui conduirait à une tragédie humaine encore inégalée.

Dans ces conditions le but ne serait donc plus de chercher des moyens pour éviter l'effondrement, mais bien imaginer des stratégies applicables pour essayer de l'amortir au mieux et éviter le chaos.

Il est demandé au lecteur de considérer la stratégie proposée dans cet essai comme une suggestion, une direction possible à étudier. Elle n'a d'ailleurs de sens que  dans le cadre des hypothèses faites plus haut. Il en existe probablement d’autres.  Quelque soit le concept adopté, il devra affronter d’importantes résistances, car toutes les solutions  auront obligatoirement l’incongruité de remettre en question les paradigmes, les croyances et les dogmes les plus profondément ancrés au cœur de nos sociétés.

L'idée proposée ici repose en partie sur le fait  qu'un chaos post effondrement conduira forcément  les survivants vers une vie simple, voire très simple, très précaire et très difficile pour les raisons qu’on imagine. Si donc le sort de l'humanité est de converger de toute façon vers un mode d’existence simple, imposé par des évènements incontrôlés et tragiques, pourquoi ne pas devancer et préparer l'évènement pendant que nous le pouvons encore en choisissant de manière réfléchie le mode d'existence simple et  harmonieux correspondant à chaque communauté ?

 Mais passer du complexe au simple n'est pas simple du tout. Il faut bien reconnaître que les forces d’inertie qui s’opposent aux changements non spontanés du mode d’existence de l’ensemble des sociétés complexes mondialisées sont immenses. Il n’est pas crédible de penser qu’un quelconque pouvoir philosophique, politique, économique, religieux, ou militaire puisse, d’une manière ou d’une autre, imposer suffisamment tôt et unanimement des modes d’existence adéquats garantissant un atterrissage en douceur de la fin de notre civilisation, tout en créant les conditions propices à en initier une autre, plus en harmonie avec les lois de la Nature. Cela tient au fait que tous ces pouvoirs sont dotés d’un ego sur- dimensionné, (ce qui est l’essence même du pouvoir), qui  les poussera à  des  affrontements idéologiques stériles plutôt que de rechercher ensemble et humblement les meilleures solutions pour l’ensemble de l’humanité. Il est ainsi hautement improbable que  les comportements puissent changer suffisamment tôt et quasi simultanément à la surface de notre planète sous la seule influence de campagnes de sensibilisation, d’éducation, de recommandations, voire de directives paternalistes nationales ou internationales. Alors que faire?

Si une gouvernance paternaliste a peu de chance de faire éviter le chaos qui, mieux que quiconque, serait alors capable de changer l'environnement immédiat de sa communauté de manière à la fois pérenne et satisfaisante pour tous ? Et bien les individus de la communauté concernée, à condition qu’ils remplissent au moins les quatre critères suivants :

1°) La communauté doit avoir une connaissance suffisante du problème global pour guider les solutions locales. Elle doit être parfaitement consciente des évènements à venir et de la nécessité du changement expliqués par les "Comités"

2°) Les individus de la communauté doivent apprendre à se faire confiance mutuellement.

3°) La communauté doit être capable de s’organiser progressivement pour adopter un mode d’existence moins complexe. Cela signifie, entre autres, qu’elle doit utiliser en priorité ce qu’elle a, là où elle est, en tendant vers l’autosuffisance en matière de nourriture, d’eau potable et d’énergie. Elle est tenue d’adapter sa population à ses ressources renouvelables et non le contraire comme actuellement. Le contrôle des naissances et le contrôle des flux migratoires seront les principaux outils du contrôle démographique. Les échanges de biens et de services avec les autres communautés se feront selon le principe du commerce équitable. Aucune communauté ne doit se sentir lésée ou exploitée, gage d’une diminution des risques de conflits entre elles.

4°) Les décisions concernant l’organisation et le fonctionnement de la communauté seront prises selon les principes d’une démocratie directe.

Ces quatre conditions ne pourront être satisfaites que si :

A) La communauté reçoit de la part du pays qui l'héberge protection et collaboration. Ce dernier doit aussi l'aider à profiter des connaissances universelles pour se guider. Enfin, il lui donne le droit de s’organiser elle-même, sans diktat politique, économique ou idéologique.

B) Pour éviter des déséquilibres géostratégiques qui mettraient en danger toutes ces tentatives d’évolution, des organisations faîtières nationales et internationales devront veiller au bon déroulement des programmes de métamorphose sociétale dans les divers pays et organiser intelligemment le développement de ces communautés.

Nous pourrions alors imaginer que les "Comités", qui auront gagné la confiance des populations, des élites et des gouvernements, auront su leur faire prendre conscience  de la  nécessité du risque d'effondrement,  de son imminence, des raisons de cette situation et ce qui les attend si rien n'est entrepris au plus vite. Les gouvernements, en charge de présenter très vite un plan d'action pourraient donner le feu vert à la création  de conditions ad hoc afin  que tout le monde se mobilise à rendre l'avenir de leurs descendants moins tragique Ils pourraient par exemple proposer le concept dit des CEREMOVI:

CEREMOVI signifie « CEllule de REcherche formée par une petite population d’une région donnée, chargée de réorganiser sa société en un MOde de VIe simple qui soit à la fois durable (c.-à-d. pour un nombre illimité de générations), compatible avec les exigences de la conservation de la biosphère et d’une qualité d’existence au moins aussi agréable que l’actuelle, voire meilleure ».

Dans leur phase initiale, les CEREMOVI devraient être considérées comme des laboratoires de recherche d’utilité publique mondiale, pour la sauvegarde de notre espèce ou du moins d’une forme de civilisation. Ceci justifie qu'elles soient mises sous la protection de leur pays hôte.

Pratiquement une CEREMOVI est une communauté pouvant compter au maximum deux à trois dizaines de milliers de personnes. Au départ, il faudrait qu’au plan national, l’ensemble des CEREMOVI atteigne environ 1% de la population pour se rendre compte de la faisabilité du concept. Cela veut dire qu’il faudrait entre 30 et 50 CEREMOVI par million d’habitants, répartis intelligemment à l’intérieur du pays hôte.

 Afin que l’idée des CEREMOVI soit mise en pratique avec des chances de succès, il est absolument obligatoire que des travaux préliminaires, avant leur lancement à grande échelle, soient organisés et que des CEREMOVI-pilotes soient testées.

Si les travaux préliminaires tiennent leurs promesses, il pourrait alors être demandé à une organisation faîtière, éventuellement un bureau de l’Organisation des Nations Unies spécialement créé pour cela, de voter une résolution  invitant une majorité de pays à établir un moratoire de 5 à 10 ans, reconductible si les résultats sont satisfaisants et obligeant ces pays à convaincre au minimum 1 à 2 % de leur population à participer à l’expérience d’une CEREMOVI. Un à deux pour cent de la population ne mettrait pas en danger l’économie d’un pays, d’autant plus si tous les pays développés et émergents font simultanément cette expérience.

Si, après le moratoire de cinq à dix ans, les résultats des CEREMOVI sont concluants, le pays hôte et l’organisation faîtière désignée pourraient étendre le moratoire de façon à ce que le nombre de CEREMOVI double tous les 5 ou 10 ans selon l’urgence des problèmes à résoudre, l’attractivité qu’auront les CEREMOVI auprès des populations dans et hors CEREMOVI, et la manière dont ces dernières évolueront.

Supposons que les premières CEREMOVI démarrent vers les années 2025 et qu’elles soient capables de doubler en population tous les 10 ans. En 2025, 1% de la population serait impliquée dans une CEREMOVI. En 2035 on aurait, 2% ; en 2045, 4% ; en 2055, 8% ; en 2065, 16% ; en 2075, 32% et en 2085, 64%. Si le temps moyen de doublement serait de cinq ans au lieu de dix, les 64% seront obtenus aux environs de 2055. Vu l’énorme difficulté de procéder à de tels changements, il est possible qu’au début du processus le temps de doublement ne soit que de 10 ans, puis s’accélère  rapidement par la suite, grâce au travail des "Comités" et aussi quand les premières menaces concrètes d’effondrement pousseront les populations à changer leur mode d’existence

Ces changements se faisant graduellement sur deux ou trois générations, les systèmes économique et politique actuels auraient suffisamment de temps pour repenser et transformer leurs principes et ajuster leurs activités en fonction des changements progressifs du nouveau mode d’existence et de pensée. Ils seront pour cela aidés par les "Comités".

Idéalement, on pourrait voir, vers la fin de ce siècle, un monde et des pays faits d’une mosaïque de cultures, de modes d’existence simple, durable, riche culturellement. Notre mode d’existence actuel n’existant plus, les valeurs de nos sociétés complexes s'étant irrémédiablement écroulées, la société mondiale devra retrouvé un équilibre au travers d’existences adaptées à chaque région et aux exigences de leur biotope. Au cours des siècles, il n'existera plus une seule civilisation mondialisée mais plusieurs, se différenciant de plus en plus au cours du temps. Il est possible de rêver que la mémoire de l'effondrement de la civilisation actuelle et la métamorphose qui en aura découlé, pousseraient les nouvelles civilisations à trouver leurs richesses dans des valeurs non matérielles offrant une grande possibilité de créativité dans un milieu harmonieux. C'est du moins ce que nous pouvons souhaiter à l'humanité du futur.

Toutes les populations actuelles et dans leur globalité auraient là l’occasion unique d'initier la plus belle, la plus difficile et la plus incroyable évolution pacifique de toute l’histoire de l’humanité. Jamais il ne leur aura été donné un but aussi noble et aussi enthousiasmant. Son initiation devrait être d'autant plus facile  que sa réalisation n'est qu'une question de volonté et de respect envers les générations futures.

 

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Tous ceux potentiellement intéressés par ces trois messages et qui voudraient en savoir plus…

peuvent lire "Effondrement et métamorphose" ainsi que suivre les débats sur le forum de ceremovi.org.. Malheureusement le livre n'est pas disponible en librairie et donc ne peut être feuilleté avant d'être acheté. Afin de palier à cet inconvénient, l'auteur met à disposition gratuitement l'intégral du livre dans une version pdf qui est celle juste avant sa publication. Il suffit pour cela de contacter l'auteur.

 

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